Du poil dans l’Ovalie #1 : le jour où j’ai pleuré…
Il y a des films qu’on peut détester d’autres qu’on peut aimer, certains nous laissent indifférents et d’autres nous passionnent. Et puis il y a les fims qui marquent … Ces films sortis de nulle part, que nous attendions ou pas peu importe : ils nous marquent. Quelques uns en une vie que l’on garde au fonds de nous aux côtés des tableaux, des moments, des souvenirs qui nous ont construit. Moment d’exception lors duquel tout se bouscule et qui nous laisse un peu grogui … Au moment où je couche ces mots c’est précisément ce que je ressens.
Et je le dois à Philippe Guillard et son «Le fils à Jo ». On connaissait Philippe guillard pour ses cadrages débordements ou ses blagues au micro de Canal+. Racing Man dans l’âme et trublion de service, il nous avait habitué à nous amuser, parfois même nous faire pleurer de rire. Cette fois pour me faire pleurer il m’a fait pleurer en signant un film qui, plus qu’un film, est une tranche de tripes pour tous les amoureux de l’Ovalie…
Les marques dans nos âmes et dans nos chairs
Un film qui marque comme ce sport nous marque. Dans nos sens, dans notre âme, dans notre cœur et notre chair. Assis dans une salle obscure on se retrouve happé par l’écran, par les personnages, par les accents et les paysages du Tarn. Il nous remonte l’odeur du camphre dans les vestiaires, les minutes d’attente et les regards lors de la remise des maillots. Ce moment solennel avant de sortir d’un vestiaire qui n’en n’a parfois que le non. La feuille Jaunie accrochée à la porte de la douche sur laquelle il est écrit à la main « Tais toi c’est l’arbitre qui a raison ! » C’est ça le rugby qui a forgé des générations et qui continue de le faire. On s’étonne du respect des joueurs de rugby pour l’arbitre : tout est dans cette scène.
Les amitiés naissent dans la boue du mois de Février
Il nous remonte la boule aux tripes quand on entre sur le terrain, on sait qu’on va souffrir dans nos têtes comme dans notre corps : mais nous allons souffrir ensemble. On y voit ces liens humains qui se bâtissent dans la boue du mois de Février. La boue dont le goût dans notre bouche se mêle à celui de notre propre sang dans le protège-dents. Ces liens dans les regards que nous échangeons en classe à l’école, au collège et au lycée avec un coéquipier. Parce que lui il nous a vu souffrir, il a vu nos failles, nos faiblesses mais aussi notre courage et notre force. Ces liens qui te font courir en bout de ligne pour faire « la serpillère » parce qu’il a raté son placage et que tu donnes tout pour ces quelques foulées alors que tes poumons te brulent.
90 minutes durant lesquelles tu “soulèves de la viande”
On y ressent la viscosité de la terre sous les crampons qui annonce un champs de bataille sur lequel on se sacrifiera pour son pote, pour son équipe, pour son club mais surtout pour son sport. Ces longues parties ou l’on passe son temps à « soulever de la viande » sans avoir mal : c’est le lendemain qu’on s’en rendra compte. Ces parties qui nous marquent au fer dans notre chair pour quelques temps mais pour toujours dans notre âme. Ces amis qui existent qu’ils soient « bou-boule », « gazelle », « tracteur », « intello » ou « cuisse de cigogne ». Ces enfants que j’ai entrainé et avec lesquels nous avons vécu des moments incroyables au racing.

Des chansons dans lesquelles se mêlent Caracas, Camaret, un morpion équilibriste, ma grand-mère et la fille de la boulangère
On y retrouve aussi l’après-match, le bus défraichi dans lequel on s’engueule, on picole ou on chante suivant le résultat. Les fanfares des tournois ou des matches importants et ces chants au Club House dans lesquels se mêlent Caracas, Camaret, un morpion équilibriste, ma grand-mère et la fille de la boulangère. Les trophés, breloques branlantes qui représentent la somme de nos sacrifices, de nos douleurs, de nos joies et de notre combativité. Les rivalités entre des chapelles qui ne sont parfois séparées que de quelques kilomètres.

Et puis il y a LE « Ponpon », l’âme et l’humanité de tous les clubs de France. Le porteur de gourdes et de trousses. Qui trace les lignes comme si cela le menait quelque part. Moscato m’a crevé le cœur dans une interprétation absolument magistrale de ce personnage dont les images me reviennent en tête. Notre « Ponpon » à nous, à qui nous faisions des blagues qu’il subissait avec une patience infinie. L’Homme dans ce qu’il a de beau et fragile.

Les bords de terrain qui gueulent, les mi-temps qui gueulent. Cet entraineur de l’hémisphère sud que nous avons tous eu (Loulou si tu m’entends là où tu es tu nous manques). La pression des sélections et des détections. Les blazers des grands matches … Les couleurs de ton club que tu dessines sur ton cahier de texte, tes classeurs en salle de permanence ou sur ton bureau dans ta chambre. Les bagarres lors desquelles pas un seul de se défile où il le paiera au prochain entrainement. La dignité, l’orgueil, le respect, la fierté, la solidarité et l’amitié avec tes coéquipiers comme tes adversaires. Ces relations qui se construisent dans la sueur, le sang et la peur. Ce film nous montre ces hommes dans leurs failles et leurs forces, dans tout ce qu’ils ont d’humain parceque l’on ne peut pas tricher sur un terrain de rugby.
Ils sont le cuir, le pré et le camphre
Le film est truffé de sportifs qui ne sont pas des acteurs (Califano, Pelous, Novès, Roumat, Bernat-Salles etc.) mais qui ne dénotent pas car ils sont eux-mêmes. Ils sont l’Ovalie, ils sont le cuir et le pré, le camphre. Ils sont ce monde dans lequel tout le monde a un accent. Ce monde dans lequel ta couleur de peau n’a aucune importance, ce sont tes tripes qui comptent. Ce monde dans lequel tu ne réussis pas seul. Ce monde dans lequel tu vas te faire mal volontairement « à la filoche » pour un coéquipier seul au sol. Un monde dans lequel les avants ont leurs règles et les arrières les leurs. Un monde dans lequel tout le monde est lié par des valeurs communes, un terroir commun peu importe d’où tu viens et où tu vis. Un monde dans lequel les Parisiens sont des danseuses, les Narbonnais des grandes gueules, les Toulousains des artistes, les Perpignagnais des vicieux, les Beglais des brutes épaisses mais dans lequel tout le monde se respecte. Un monde dans lequel nous gardons des objets telles des reliques qui témoignent de notre histoire commune.
Je vous mets la mienne : un des ballons de l’équipe de France de la coupe du monde 1987 1ère de l’histoire dédicacé par toute l’équipe.

Merci Monsieur Guillard, vous êtes un grand bonhomme de l’Ovalie pour le courage d’avoir montré ce que nous sommes, d’où nous venons et la sensibilité de ce sport pareil à aucun autre.
Voici le chant du RCD (Rugby Club de Doudan) dans lequel j’ai fais mes classes. Merci à Jean Pierre pour son dévouement.
Amis,
Venez dont voir jouer la Dourdannaise
Vous applaudirez ses avants, ses trois-quarts, ses demis
L’arrière
Qui vaillamment plaque son adversaire
Aura bientôt fait de briser les élans de l’ennemi
Venez les voir jouer
Venez les vois marquer
Venez les voir gagner ! Gagner ! Gagner !