Du poil dans l’Ovalie #2 : Et l’amitié bordel ?

J’étais parti pour poursuivre cette lancée là mais ce sagouin de Bruno m’a coupé l’herbe sous le pied ! ;) 

Du coup je me suis décidé à réagir à un truc auquel je ne voulais pas réagir (je teste du même coup les formulations ampoulées)

Le sujet est résumé dans ce fait d’hiver là 

Mouarf ! Me direz-vous ? Et bien non, je ne peux tolérer que vous disiez ça car derrière cet évènement se cache pour moi le socle de la défaite de notre fière armada bleue !

Un petit point de contexte: Sylvain Marconnet est l’un des grands pilier de l’histoire de notre rugby qui brille pour de nombreuses raisons:

Sa fidélité: il débute à Givors, fait 3 ans à Grenoble avant de rejoindre le Stade Français où il passera 12 ans

Sa régularité : 5 tournois, 4 championnats, une coupe d’europe

Son tempérament : leader de vestiaire sans être un animal médiatique, Sylvain c’est le “roc” à l’ancienne. le mec sur qui tu peux compter. Celui qui va autant te choper si tu t’échappes sur un placage que si tu fais le con avec ta femme. C’est le mec qui va cadrer les jeunes du club après le banquet officiel avec le sponsor pour éviter qu’ils se mettent trop la tête à l’envers “chez Denise” ou au “pousse au crime”. C’est aussi et surtout un vrai “grognard” et un putain de compétiteur qui sape les mecs en face aussi surement que la marée de l’atlantique. Il ne lâche jamais rien. 

Ce mec est un Roc !

Sylvain c’est aussi le mec maudit des Coupe du Monde. Il en a fait une (2003) qui n’était pas notre plus brillante, il se pète le genou une semaine avant celle de 2007 et il s’est à nouveau pété il y a un peu plus d’un an…

Tout le monde se dit “pour lui c’est terminé”…

Il rebondit à Biarritz (dans le même temps le pack du SF s’effondre), il revient à son meilleur niveau et est re-convoqué dans le XV de France !

Et en plus il fait deux parties brillantes !

Ce mec est né en 1976 !

Et pourtant il n’ira pas à la coupe du monde … Pourquoi  ? trop vieux ? pas au niveau ? On sait que non … On lui a préféré un mec moins bon et blessé … Encore plus difficile à avaler…

Marconnet a subit le système Lievremont : une équipe lisse, proprette, tournée vers l’attaque et le mouvement, plutôt jeune et SURTOUT dont le seul patron est Marc Lievremont …

Et c’est là que ça coince. On a sous la main un mec capable de gagner une bataille contre son propre corps de vieux con, déjouant tous les pronostics des medecins. Un mec qui prends une grosse baffe et qui fait une partie impeccable avec son club le WE dernier. Un mec qui a l’expérience des grands rendez-vous. Un mec qui donne le “LA”, des “gnons” et qui tient un vestiaire.

Un mec avec qui Marc Lievremont a souffert sur le pré en club comme en équipe de France ! Ils ont partagé les mêmes bus, les mêmes hôtels, les mêmes bars, les mêmes joies et les mêmes larmes.

Marconnet s’est physiquement sacrifié pour Lievremont et reciproquement. Ils ont partagé les mêmes doutes, les mêmes peurs avant de mettre les pieds sur le terrain de London’s Road sous les chants d’anglais bourrés assoiffés de sang…

Et il est capable de le laisser à Paris ?

L’amitié devrait être plus forte que le pragmatisme de la tactique

Je me souviens d’une scène au SF avec Sylvain Marconnet, Fabien Galthié et Rémy Martin alors que j’étais en compagnie de plusieurs gamins en école de rugby. Je me souviens des mots et de l’après midi que Sylvain leur a consacré. Toute l’ovalie était là…

Marc Lievremont est de la fibre des entraîneurs que l’ont dit “moderne”, “technique”… Lors d’une scéance avec le DTN il m’avait affublé du même qualificatif… Sur le coup j’étais content mais depuis moins …

Les entraîneurs dit “moderne” sont plus distants avec le groupe, ce sont des entraîneurs de stats plus que de tripes. L’exact contraire est Guy Novès ou Berbiz’.

Lièvremont a surtout un vrai problème de communication, il a dut mal à faire passer son message; D’autant plus quand il y a des filtres, des barrières, des obstacles, d’autres “patrons”. 

Marconnet était un obstacle comme d’autres joueurs qui ont été écartés.

La complicité d’une charnière est un obstacle aussi : du coup il n’aligne jamais la même…

Le rugby glisse comme ailleurs vers les sirènes de la ré-assurance des sponsors au détriment de l’amour et de la fierté de l’art…

On a donc un groupe bleu actuellement en Nouvelle Zélande dans laquelle il y a un “patron” proclamé par la fédération : Lièvremont et un “patron” proclamé par les joueurs : Dussautoir dont on sait que c’est un mec discret, vaillant, bien, discipliné et pas grande gueule.

On a une équipe de France sans vieux briscards vicieux, sans grognards, sans grandes gueules.

On n’a pas ces quelques mecs qui te permettent de relever la tête quand tu as mal.

On n’a plus de mecs qui te rendent invincibles quand tu as peur.

Qui va filer la première tarte quand on sera face aux anglais ? Parra ? Bonnaire ? Nallet ? Medard ? 


Qui va choper les mecs dans le couloir de la mi-temps pour leur dire d’arrêter de balancer les balles au pied et qu’on s’en tape du schéma tactique de l’entraîneur ?

Qui va donner confiance à Mermoz pour pas qu’il se pète une énième fois lors d’un grand rendez-vous ? Lièvremont ?

Bien entendu en supporter viscéral du plus beau sport, du plus beau maillot et de la plus belle façon de pratiquer ce que les anglais massacrent depuis des décennies, je serai, mon ballon dédicacé de 1987 sur les genoux, derrière cette équipe comme je l’ai toujours été depuis mes 5 ans.

Mais comme ils vont me manquer ces grandes gueules de l’ombre…

Je ne manquerai pas de verser une larme en imaginant Sylvain dans son canapé, la main crispée sur son verre, les jointures blanchies et l’oeil embué.

Ce que le rugby apporte à ce monde c’est qu’il ne doit rien avoir de supérieur aux vraies valeurs humaines.

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